Médecine physique et de réadaptation : au service des projets de vie

13 décembre 2006. New York.
Dans l’hémicycle des Nations Unies, les sièges sont occupés par des représentants venus du monde entier. Ce jour-là, tout le monde se met d’accord sur l’adoption de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). Pour la première fois, le handicap n’est plus pensé sur le plan médical mais comme une question de droits humains, de dignité et de justice sociale. Cette perspective change tout. Le handicap ne définit pas une personne : ce sont surtout les barrières sociales, physiques ou politiques qui limitent ses choix.

C’est là que la médecine physique et de réadaptation (MPR) trouve toute sa place. Cette discipline accompagne les personnes en situation de handicap ou avec une maladie chronique, pour améliorer des fonctions motrices mais aussi pour favoriser l’autonomie, la participation et l’inclusion. Autrement dit : donner à toutes et tous les clés pour choisir, décider et agir dans sa vie quotidienne. Aujourd’hui, l’Organisation Mondiale de la Santé estime que plus de 2 milliards de personnes auraient besoin de réadaptation. Derrière ce chiffre, il y a des vies, des parcours différents, avec leurs espoirs, leurs combats et leurs réussites. La médecine physique et de réadaptation, c’est avant tout une pratique tournée vers les gens, à la rencontre de la santé, des droits et de l’inclusion.

Qu’est-ce que la médecine physique et de réadaptation (MPR) ?

La MPR est une spécialité médicale qui vise à :

  • Prévenir les complications liées à une perte de mobilité ou de fonction
  • Rééduquer certaines capacités quand cela est possible
  • Compenser avec des aides techniques (orthèses, prothèses, fauteuils, technologies)
  • Accompagner la personne dans ses projets de vie, c’est-à-dire l’aider à retrouver une autonomie et à construire un quotidien qui corresponde à ses envies et à ses objectifs (reprendre le travail ou les études, pratiquer une activité, aménager son logement, participer à la vie sociale, etc.).

La médecine physique et de réadaptation est pluridisciplinaire et collaborative : elle implique la personne soignée, ses proches et ses soignant•es. De nombreux•ses professionnel•les sont impliqué•es comme les médecins spécialistes en MPR, les kinésithérapeutes, les ergothérapeutes, les neuropsychologues, les infirmière•ers, etc.

Médecins de MPR : rencontre avec Guy Letellier

Alors comment traduire tout ça dans la réalité du terrain ? Pour le comprendre, nous avons pu poser quelques questions au docteur Guy Letellier, qui travaille au quotidien à l’ESEAN APF France Handicap, l’Établissement de santé pour enfants et adolescents de la région nantaise.

Fort de son expérience en tant que pédiatre et médecin MPR, chef de service d’un centre de réadaptation pour enfants, il nous apporte un éclairage précieux sur les enjeux concrets de la prise en charge et partage son regard de terrain.

Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots, docteur Letellier ?

J’ai commencé à étudier la médecine à Lille puis j’ai suivi un parcours d’interne de spécialité au CHU de Poitiers au cours duquel j’ai réalisé un semestre en MPR et passé un Master II de recherche sur les maladies neuromusculaires et la recherche clinique. Après un inter-CHU à Paris, je me suis orienté vers cette médecine globale, technique et innovante. J’ai complété ma formation par un fellowship de deux ans à Montréal et enfin un clinicat au CHU de Garches.

Cette médecine appelle beaucoup d’autres compétences selon les champs médicaux et techniques que l’on veut rencontrer, au travers de la recherche clinique, pour innover et ne pas que subir le handicap.


En quoi consiste votre métier ?

Il consiste en la restauration d’une certaine autonomie du patient, favoriser sa participation aux activités et, en pédiatrie assurer la croissance dans les meilleures conditions. C’est ce qu’on appelle la rééducation et/ou la réadaptation, comme pour un sportif qui s’est blessé et que l’on aide à retrouver son plus haut niveau ensuite. On ne guérit pas toujours, mais on peut améliorer des situations compliquées et … vivre pleinement.

Quels types de patients accueillez-vous à l’ESEAN APF France Handicap?

Nous accueillons des patients de 0 à 18 ans et parfois même un peu au-delà, dans le cadre de multiples situations de handicap provisoires ou complexes autour de l’appareil locomoteur ou cognitifs. Nous prenons soin des patients qui viennent pour une affection oncologique, neurologique, nutritionnelle, respiratoire ou encore orthopédique […].

Quel est votre indispensable (must have) dans votre métier ?

Le sens du travail en équipe et de l’humilité ! Et aussi de la suite dans les idées pour adapter ce qui ne semble pas l’être de prime abord.

Comment consulter un médecin MPR ?

Prendre rendez-vous auprès d’un secrétariat médical. Il n’y a pas besoin d’intermédiaire quand on est mineur•e et expliquer au mieux son motif de consultation. On peut également être orienté par son médecin traitant, un thérapeute ou un autre médecin spécialiste.

Comment se déroule une consultation type en MPR ?

Comme toute consultation médicale, avec une présentation des uns des autres, un interrogatoire minutieux pour comprendre un souci, une plainte ou (re)définir le motif de consultation. L’examen physique se concentre sur la déficience, mais avec l’idée de « faire avec ce qu’on a », afin de travailler l’autonomie et le plaisir de participer, selon le niveau d’intensité de chacun. Ensemble avec le patient et ou ses parents nous définissons des objectifs et des axes de travail afin de de réaliser les objectifs définis en commun.

Comment travaillez-vous avec les autres professionnels de santé  ?

C’est une participation collective comme dans un orchestre ou une équipe de sport collectif où chacun à sa place et va permettre de faire un bilan juste d’une situation clinique. En consultation avec la famille ou en synthèse collégiale, je propose une stratégie en vue d’un objectif que l’on définit ensemble.

Pouvez-vous donner un exemple d’un programme de rééducation pour un patient avec une limitation des membres supérieurs ?

Une fracture du coude, une main parétique, une épaule douloureuse, une paralysie néonatale du plexus brachial – voici autant de situations que le programme de rééducation prend en compte pour aider chaque enfant à retrouver des gestes fonctionnels et gagner en autonomie. Il y a une approche en kinésithérapie avec le travail autour des amplitudes articulaires, des modalités antalgiques, le travail des ergothérapeutes dans la motricité fine, le positionnement et l’organisation du mouvement. On peut demander aux éducateurs en activité physique adaptée (APA) de coordonner les mouvements lors d’une épreuve physique, ludique ou sportive. Toutes ces approches peuvent être implémentées avec des aides techniques robotisées ou non, de manière à compenser la perte de fonction, réduire une douleur, recruter des fibres musculaires ou reprogrammer le mouvement.

Quelles sont les avancées récentes dans la rééducation et la mobilité  ?

Je trouve qu’il y a beaucoup d’avancées dans l’utilisation de la robotique qu’elle soit appliquée aux membres inférieurs ou aux membres supérieurs. Elle existe pour l’aide à la marche, l’aide à la compensation de perte de fonction et de force musculaire des bras.
Il y a beaucoup d’intérêt également dans les mobilisations et recrutement des fibres musculaires qui peuvent se faire par vibrothérapie des différentes intensités fréquences.
Il y a également des mobilisations actives et passives du rachis, mais mécanisées et par des machines sous la guidance d’un thérapeute.
Il y a des projets de recherche également pour inclure la réalité augmentée dans la génération de la motivation à bouger ou encore des projets de recherche avancés pour “régénérer” certaines fonctions cellulaires.
L’apport de l’intelligence artificielle dans la conception de capteurs pour diriger une technique ou accompagner une activité motrice fine de pilotage ou de communication… Bref, on n’arrête pas le progrès et il faut rester curieux !

Les aides techniques – comme les bras robotisés, les exosquelettes, ou encore les fauteuils intelligents – changent-elles votre pratique ?

Oui, ce sont des domaines à explorer et à utiliser correctement pour éviter les déceptions et le gaspillage d’argent. Leur efficacité dépend de la clarté des objectifs fixés et d’un bon accompagnement pluridisciplinaire.

Quels sont, selon vous, les plus grands défis pour l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société ?

Changer le regard de la société sur ceux qu’on qualifie trop souvent de ‘faibles’ et/ou de ‘vulnérables’.
Se rappeler que tout le monde peut être en situation de handicap à un moment de sa vie.
Comprendre et accompagner la vie des aidants
Adapter les emplois pour engager des personnes selon leurs compétences dans des domaines précis.

Comment voyez-vous votre métier évoluer dans dix ans ?
Sans doute à géométrie variable avec des vocations actuellement difficiles à susciter en raison du faible nombre de médecins formés en MPR pédiatrique.
Je vois des médecins toujours très empathiques, avec un regard optimiste et n’ayant pas peur d’utiliser des technologies de rupture pour atteindre des objectifs audacieux. Cela est possible lorsque des thérapeutes sont motivés et qu’il y a un écho dans la société pour accompagner la résilience des patient•es et de leur famille.

Pathologies traitées par les médecins MPR

Les services MPR accueillent des personnes qui vivent avec des problématiques de santé très diverses telles que :

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Le point vocab’ du poulpe :
AVC, kézako ?
Un AVC, ou accident vasculaire cérébral, c’est quand une partie du cerveau n’est plus correctement alimentée en sang. Les raisons sont multiples (caillot, hémorragie, etc.) et provoquent des troubles comme une paralysie ou des difficultés de mobilité ou de parole.
Un traumatisme crânien survient après un choc violent à la tête, lequel endommage le cerveau peut entraîner des pertes de la mémoire, des confusions ou encore des troubles moteurs.
C’est une maladie chronique où le système immunitaire attaque la gaine protectrice des nerfs, ce qui perturbe la communication entre le cerveau et le reste du corps entraînant des troubles de la vision, de l’équilibre, de la marche…
Maladie neurologique qui touche les zones du cerveau qui contrôlent les mouvements, elle entraîne des tremblements, une lenteur des gestes et une rigidité musculaire.
Groupe de maladies rares qui affectent les muscles ou les nerfs qui les contrôlent et provoquent une faiblesse musculaire progressive et des difficultés à bouger, respirer ou même parfois parler.

Comment accéder à un service PMR ?

Entrer dans un service de Médecine Physique et de Réadaptation, ce n’est pas un parcours compliqué… mais ça commence toujours par une prescription médicale.


Par exemple :

  • Après un AVC, c’est souvent l’équipe hospitalière qui vous propose directement une admission en MPR pour enchaîner avec la rééducation sans perdre de temps
  • Si vous vivez avec une maladie chronique (comme une sclérose en plaques), c’est plutôt votre neurologue ou votre médecin traitant qui peut vous orienter vers un centre adapté à vos besoins
  • Suite à un accident de la route ou une fracture compliquée (qui touche plusieurs os ou qui est difficile à consolider), l’orthopédiste peut recommander un séjour en centre de rééducation pour retrouver force et mobilité.
  •  

Selon votre situation, vous pouvez intégrer :

  • Un CHU (centre hospitalier universitaire), souvent après une hospitalisation.
    👉 Dans le cas de la MPR on distingue deux étapes d’hospitalisation : la première pour la phase urgente, et la seconde où il y a le transfert dans le service MPR.
  • Une clinique spécialisée, plus ciblée sur certaines pathologies.
  • Un centre de rééducation fonctionnelle, avec ses plateaux techniques, c’est-à-dire des espaces de soins regroupant différents professionnels et matériels (kinésithérapie, ergothérapie, appareillage, balnéothérapie, simulateurs de marche, etc.) pour travailler la récupération et l’autonomie

Côté financement : la Sécurité sociale prend en charge environ 80 % des frais, et une mutuelle peut compléter. Certaines situations donnent même droit à un remboursement à 100 % (par exemple, en cas d’Affection de Longue Durée ou d’accident du travail).

Pour l’appareillage (fauteuil roulant, orthèse, prothèse…), il peut y avoir une petite étape administrative supplémentaire : une “accord préalable”. Dans la plupart des cas, les équipes médicales et paramédicales vous aident à constituer et à transmettre ce dossier.

En résumé, l’accès à la MPR est pensé pour être fluide : vous n’êtes jamais seul·e dans le processus, vos soignant•es sont là pour vous orienter et vous guider vers la structure la plus adaptée à vos besoins.

Petit récapitulatif :

Prescription médicale
Délivrée par un•e médecin pour déclencher la prise en charge de la personne concernée.
CHU, clinique, centres de rééducation fonctionnelle
Automatique après une hospitalisation si l’hôpital en dispose d’un. Sur dossier médical si la personne est extérieure à l’établissement.
Environ 80% par l’Assurance Maladie avec possiblement une prise en charge à 100% selon les cas spéciaux (ALD, accident de travail, etc.). Une mutuelle peut compenser le reste à payer.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à demander conseil à votre médecin traitant ou à rechercher le centre MPR le plus proche de chez vous.

FAQ

Quelle est la différence entre la médecine physique et de réadaptation (MPR) et la kinésithérapie ?
La kinésithérapie agit sur une fonction ou une articulation précise, tandis que la MPR coordonne un programme global qui inclut plusieurs disciplines médicales.

Combien de temps dure une prise en charge en MPR ?
Cela dépend de la pathologie et des objectifs fixés : de quelques semaines à plusieurs mois, parfois plus pour les maladies chroniques.

Est-ce que la MPR est remboursée ?
Oui, la prise en charge est couverte par l’Assurance Maladie à hauteur de 80% et souvent complétée par les mutuelles. Les personnes en affection de longue durée (ALD) ou en accident de travail peuvent obtenir un remboursement de 100%.

Sources :

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